La dimension transversale des butineuses, qui concerne autant la nature que la société, a inspiré la création d’une structure fédératrice en Valais. On y réfléchit à l’avenir des pratiques apicoles.
Son origine remonte au Projet de développement régional du Grand Entremont (2018-2023). «Le Conseil communal a demandé à la Société d’apiculture d’Entremont (SAE) si elle voulait s’y associer. Il y avait un doute sur la nature agricole de l’activité, mais l’Office fédéral de l’agriculture a validé notre participation. Au départ, il s’agissait de répondre au problème des pertes hivernales d’abeilles de l’ordre de 20% dans les colonies, en développant une pouponnière. On a aussi pensé à créer un laboratoire pour que nos apiculteurs puissent réaliser des opérations comme l’extraction de miel et la mise en pot selon les conditions d’hygiènes requises», détaille le coordinateur.Mais Michel Rausis, président de la SAE, et Jean-Baptiste Moulin voient plus loin, car ils ont conscience que leur centre s’inscrit dans un contexte géographique touristique et que l’apiculture est au carrefour de questions contemporaines liées à la durabilité environnementale, sociale et économique. «On a imaginé cinq pôles: l’agritourisme, l’apiculture dans ses relations avec le territoire, la formation, la recherche et développement, ainsi que l’apithérapie. Nous mettons 60
Prudence toute valaisanne
Du point de vue de la production, de nombreux axes de valorisation sont à l’étude. «Par exemple, il n’existe pas de tradition d’extraction du pollen d’abeilles dans l’Entremont. Ces grains à base de pollen de fleurs dont les butineuses suppriment les qualités germinatoires avec des enzymes renforcent le système immunitaire. Si l’on mettait en place un protocole pour récolter ce produit des ruches, on pourrait ensuite rationaliser le travail en utilisant tous le même matériel.» Cette mutualisation est déjà une réalité pour la récolte de miel, même si actuellement seule une dizaine d’apiculteurs de la région a prévu d’accomplir l’opération dans la salle d’extraction accessible avec un véhicule du CCA. «Une trentaine d’autres se tâte encore. On est en Valais, les gens veulent voir avant de se décider», confie Jean-Baptiste Moulin.
Allant de touristes saoudiens descendus de Verbier à des classes du primaire, le public est également accueilli au centre pour des visites commentées dans l’espace muséal qui expose notamment d’anciennes ruches Rausis ou Rithner, mais aussi en extérieur avec les ruches occupées. «Prendre entre ses mains un rayon avec 2000abeilles dessus est une expérience marquante. On a tous en nous quelque chose de la forêt, ses monstres et ses fraises des bois. De la même façon, on a tous en nous une Maya et on s’est tous fait piquer au moins une fois. On a coévolué avec les abeilles, mais elles gardent quelque chose du monde sauvage, c’est ce qui nous fascine.» Continuer à vivre à leurs côtés, en leur offrant des conditions durables pour exprimer leur instinct sauvage, telle semble être la mission première de ce lieu fédérateur tourné vers l’avenir.
+ d’infos www.cca-abeille.ch
Le club Mellonia
Les coûts de construction du CCA se sont élevés à 2,2 millions de francs provenant de fonds publics dans le cadre du Projet de développement régional du Grand Entremont. La structure compte aussi sur les soutiens privés pour financer ses activités et a créé à cet effet le Club Mellonia qui réunit déjà 300 membres cotisants. «En parallèle, on fait vivre ce club en proposant des rencontres et des conférences qui participent à notre objectif de transfert de connaissances», commente le coordinateur des lieux, Jean-Baptiste Moulin.
Capturer le frelon de manière sélective
Dans les hautes herbes du talus en contrebas du CCA, on aperçoit d’intrigants récipients reliés à des conduites en plastique de différentes conceptions. Il s’agit de pièges à frelons asiatiques de degrés de perfectionnement variables. «La région demeurant préservée de ce prédateur invasif, on peut y tester l’efficacité des pièges à ségréguer le frelon des autres insectes. Dans les zones où on en capture, on ne sait pas si l’absence d’autres insectes est à mettre au crédit du piège, qui les laisse s’enfuir, ou s’ils ont été mangés par les frelons», explique Salomé Currat, qui mène cette expérience dans le cadre de son bachelor en gestion de la nature à l’HEPIA de Genève. La jeune femme, qui se plaît beaucoup au CCA, recueille à intervalles réguliers les mouches, abeilles et autres insectes recroquevillés, pris au piège, pour les identifier après les avoir trempés dans l’eau afin qu’ils retrouvent un aspect plus reconnaissable. Elle remarque que les pièges de dernière génération sont plus sélectifs. «Or ceux qui sont le plus employés, parce qu’ils sont meilleur marché, gardent prisonniers de nombreux autres insectes.»
