Reportage
La lutte contre les déchets sauvages redouble en été

Le problème augmente en période estivale, notamment dans les parcs et sur les plages. Reportage au bord du Léman, à Lausanne, où la Ville a récemment investi dans une machine pour nettoyer le sable.

La lutte contre les déchets sauvages redouble en été
Ils sont rares en cette heure matinale sur les quais de Vidy, à Lausanne. Seuls quelques promeneurs de chien et joggeurs arpentent le chemin goudronné qui longe les rives du Léman. Juste à côté, sur la plage encore déserte, un petit tracteur rouge remorquant un drôle d’engin enchaîne les allers et retours. C’est une cribleuse, une machine conçue pour retirer les déchets du sable.Depuis trois ans, ce véhicule de conception normande est la nouvelle arme anti-littering de la Ville de Lausanne. Le dispositif permet de creuser le sable à une profondeur de 5 à 10 cm et de déposer la matière recueillie dans un tamis afin d’en retenir les déchets. À l’intérieur du contenant ce matin-là, des mégots de cigarette, quelques capsules de bouteille, des emballages alimentaires, mais aussi du bois mort et des algues échoués sur le rivage. À la fin de la matinée, toute cette matière ramassée sera acheminée dans une benne, pour être à nouveau criblée. Le sable récolté – près de 100 m3 par an – sera redéposé sur la plage et les déchets recyclés ou incinérés. «Jusqu’à l’acquisition de cette machine, le nettoyage des plages s’effectuait entièrement à la main. Mais la tâche était à la fois ardue et conséquente, particulièrement en période estivale, où les lieux sont fréquentés tant la journée que le soir», explique Dominique Rod, responsable de secteur.

Le pic du mois de juin
Durant toute la belle saison, la cribleuse intervient ainsi sur la plage tous les matins de la semaine, alors que deux ou trois personnes entretiennent à pied les zones inaccessibles et les chemins goudronnés. «Cannettes, bouteilles, papiers, on retrouve de tout. Même des slips, parfois», confie cet employé en gilet orange armé d’une pince et d’un bidon.Entre juin et septembre, au pic de la fréquentation, les équipes récoltent en moyenne une centaine de kilos de déchets par semaine sur le sable, selon Stéphane Beaudinot, le chef du Service de la propreté urbaine. «Les plus grosses déprédations ont lieu fin juin, avec les fêtes d’étudiants. Le reste de l’été, les gens sont plutôt respectueux, car la plage est avant tout fréquentée pour la baignade. Le problème du littering intervient surtout sur les pelouses, là où les usagers pique-niquent et passent la journée», poursuit Dominique Rod.De l’autre côté du chemin en effet, le parc Bourget porte encore les stigmates de la veille. Son entretien est géré par un autre service de la Ville, qui recourt lui aussi à une machine de ramassage et emploie une dizaine de personnes en équivalent plein temps pour le nettoyage de l’ensemble des parcs et zones vertes de la commune. «Nous avons constaté de nombreuses incivilités après le Covid. Depuis quelque temps, la situation s’est un peu améliorée, mais nous savons qu’après un week-end ensoleillé le travail est important», déclare Stéphane Peruzzo, adjoint au chef du Service des parcs et domaines. 

Environ 1400 amendes par an
Il y a quelques années, la Ville a ainsi supprimé les petites poubelles au profit de bennes de plus grande capacité. «Ce n’est pas parce qu’on multiplie les points de collecte que les espaces sont plus propres. Il semble au contraire plus efficace d’en disposer moins, mais dans des lieux stratégiques», lâche Stéphane Peruzzo. En Romandie, certaines communes ont fait le pari de retirer complètement les poubelles de leurs rives (lire l’encadré).

Depuis trois ans, des étudiants sont engagés le week-end pour faire de la sensibilisation, distribuer des sacs poubelle et des cendriers. Une approche complémentaire à celle des surveillants assermentés, qui sont, eux, habilités à donner des amendes d’ordre – dans la capitale vaudoise, l’abandon de déchets sauvages sur la voie publique est passible d’une amende de 150 francs. En moyenne, environ 1400 contraventions sont infligées chaque année sur l’ensemble du territoire lausannois, et en 2023, 175 dénonciations et amendes d’ordre concernaient l’ensemble des espaces verts de la ville dont une majorité pour le seul secteur du bord du lac. Toutes ces mesures participent-elles à faire baisser le littering? «Il est difficile de répondre. Le volume des déchets reste relativement stable, mais en même temps les usagères et usagers sont toujours plus nombreux à fréquenter la plage. De manière générale, la majorité des gens sont respectueux. Comme souvent, les mauvais comportements sont le fait d’une petite minorité», conclut Stéphane Peruzzo.

Texte(s): Aurélie Jaquet
Photo(s): François Wavre/ Lundi13

Sensibiliser au fléau des mégots

Composés de plastique et chargés en substances toxiques, les mégots jetés dans la nature représentent un véritable fléau pour l’environnement. Un seul d’entre eux peut polluer jusqu’à 500litres d’eau, contribuant ainsi à la contamination de nos rivières et de nos lacs. Durant tout l’été, la Ville de Genève mène une campagne afin de responsabiliser les fumeurs. Outre la distribution de 5000 cendriers de poche, elle lance un défi participatif à la population. Le but? Les inviter à ramasser les mégots trouvés dans l’espace public, à les mettre dans une bouteille et à partager une photo de leur butin sur le site internet de la Ville. À la fin de l’été, un tirage au sort aura lieu et les gagnants remporteront un lot.

Questions à...

Marlène Lanthemann, conseillère communale sortante de Milvignes (NE) et initiatrice du projet des rives sans poubelles

Pourquoi avoir retiré les poubelles des rives de votre commune?
L’idée est venue d’un membre de la commission du port et des rives, qui a eu connaissance du travail de diplôme d’une étudiante consacré au littering et qui évoquait cette solution testée sur une commune en Suisse. Cela faisait plusieurs années que nous réfléchissions à une meilleure gestion des déchets au bord du lac. Les lieux disposaient d’une soixantaine de poubelles, mais nous retrouvions malgré tout de nombreux détritus abandonnés. Nous avons donc tenté l’expérience à l’été 2021 en retirant toutes les poubelles de la zone du bord du lac et en installant quelques points de collecte à l’arrière des rives pour le tri des déchets.

La population a-t-elle facilement adhéré au projet?
Nous avons informé les habitants de ce changement et, durant les deux premiers étés, des étudiants étaient chargés de patrouiller sur le terrain pour faire connaître la démarche aux usagers. Les retours ont été enthousiastes et la population a rapidement joué le jeu.

Trois ans plus tard, quel bilan tirez-vous?
Il est très positif. Le littering a nettement baissé et l’équipe de la voirie a diminué par deux son temps de travail dans cette zone.