grisons, Casaccia

Escapade sur les chemins du Passo delle Colombe

Prenant son départ à quelques centaines de mètres du col du Lukmanier, qui relie le canton du Tessin et les Grisons, une belle boucle nous fait découvrir des panoramas spectaculaires et d’une nature intacte.

Depuis le col du Lukmanier, on suit les panneaux jaunes indiquant «Passo delle Colombe». Notre itinéraire en boucle commence au centre d’information de Casaccia (GR), où un grand parking est à disposition des randonneurs. Au loin, une chaîne d’arêtes capte notre regard. Ce sont des aiguilles de dolomie blanche, au profil en dents de scie marqué. Pas le temps toutefois de nous attarder à regarder les sommets aux alentours: une marche de 13 km nous attend, avec deux cols et plus de 700 m de dénivelé positif. Pour se mettre en jambe, on avance dans la vallée, le long d’une rivière qui serpente entre les pins. Un troupeau paît tranquillement. Durant la saison d’été, pas moins de 230 vaches laitières sont sur cet alpage, produisant quelque 200’000 kg de lait qui sera transformé en crème, beurre, fromage et ricotta que l’on peut retrouver dans les restaurants de la vallée de Blenio.Plus on avance, plus le son de leurs cloches s’éloigne. Nos pas nous emmènent vers une première montée. Le sentier zigzague entre les rhododendrons et les myrtilliers dont les branches sont parsemées de petites baies vertes, autant de promesses pour la fin de l’été.

Un col à la riche histoire
Si le bruit des cloches n’est plus qu’un murmure, le vacarme des motos nous rappelle que la route du col du Lukmanier n’est pas loin et qu’il est prisé des motards, surtout en cette journée ensoleillée. Nous ne sommes donc pas les seuls à profiter de ce coin de pays. Le col du Lukmanier tient son nom du latin Lucus magnus, soit «la grande forêt». Reliant Disentis, dans le canton des Grisons, à Biasca, au Tessin, il se situe sur la ligne de partage des eaux entre la Méditerranée et la mer du Nord. L’abbaye de Disentis n’est pas étrangère à la longue histoire du lieu. Elle est citée au IIIe siècle déjà, mais prend de l’importance au VIIIe siècle lorsqu’elle devient une destination de pèlerinage.Sitôt le premier replat atteint, le bruit de la circulation s’atténue, laissant place au glougloutement d’un petit ruisseau. Outre les rhododendrons, les aroles et les mélèzes complètent ce joli tableau. La région est d’ailleurs connue pour ses vastes forêts d’aroles, dont certains spécimens atteignent l’âge de 300 ans. On a beau tendre l’oreille, aucun casse-noix moucheté ne se fait entendre ce matin. Ce qui ne nous empêche pas d’ouvrir l’œil dans l’espoir d’apercevoir l’oiseau appréciant cette espèce de pin. Seul un coucou accompagne notre avancée de son cri reconnaissable entre tous.Plus on monte, plus les arbres se raréfient, disparaissant progressivement. Lorsqu’on termine cette première grimpette, un vaste plateau s’étend sous nos yeux. Un panorama aux courbes harmonieuses, fait de mille nuances de vert, qui ferait presque penser aux étendues du Zanskar. Au bout du vallon, les arêtes que l’on voyait tout à l’heure trônent, majestueuses, quelques névés à leurs pieds. On comprend alors que notre itinéraire va nous emmener autour de ce massif.

Le Gothard et les fleurs
En scrutant notre carte topographique, on réalise que la balade passe à deux reprises, à l’aller et au retour, sur le tracé souterrain du tunnel du Gothard. Difficile d’imaginer que sous la montagne se cache une telle prouesse d’ingénierie où filent des centaines de véhicules. Un sifflement strident se fait entendre et nous sort de nos pensées. Nous avons été repérés par des marmottes qui avertissent leurs congénères de la présence d’intrus.On scrute les alentours. Les rongeurs se font discrets. Sous nos pieds, il n’y a pas seulement un tunnel, mais surtout un véritable parterre de fleurs de toutes les couleurs. Cette richesse floristique est rendue possible par les diverses roches que l’on y trouve, des roches cristallines aux dolomies calcaires.

Le temps de la contemplation se termine quand vient une deuxième montée, et elle est sérieuse. Durant quelques longues minutes, le seul bruit que l’on entend est celui de notre respiration et de notre cœur qui bat, martelant notre poitrine et résonnant dans nos oreilles. Mais on finit par atteindre le premier col, celui des colombes, qui culmine à 2382 m d’altitude. Comme pour nous récompenser, deux marmottes croisent nos pas et grimpent sans se presser la pente herbeuse qui nous surplombe, nous laissant tout le loisir d’admirer leur démarche à la fois pataude et agile.

La chaîne d’aiguilles que l’on contourne et qui nous domine de toute sa hauteur lorsqu’on est sur le col des colombes ne porte pas le même nom selon le côté d’où on le regarde. Si l’on est dans la vallée de Blenio, elle se nomme «Campanitt», ce qui signifie «clocher», alors que dans la Leventine, on l’appelle «Pizzo Colombe». Deux dénominations différentes, mais qui font l’une comme l’autre référence à la blancheur de la roche. Ces parois sont, sans surprise, un terrain apprécié des grimpeurs. Leur première ascension remonte à 1892 déjà.


Après les colombes, le soleil
On longe un petit lac avant de redescendre légèrement puis de remonter en direction du col suivant, le Passo del Sole, soit le «col du soleil». Hormis les poteaux rouge et blanc qui signalent l’itinéraire, aucune trace humaine à perte de vue. Les pierres scintillent de mille feux. Seuls les cris perçants d’un vol de niverolles alpines, qui semblent poursuivre une hermine en livrée estivale, interrompent notre émerveillement. Puis on sent que le col se rapproche, avant même d’y arriver, par le vent qui se lève soudainement, nous rafraîchissant pour les derniers mètres de marche. Le col du soleil est inférieur au premier de 6 mètres seulement, puisqu’il se situe à 2376m d’altitude.

Une longue descente nous attend alors pour nous ramener à Casaccia. Les aroles refont leur apparition, d’abord timide, avant de se transformer en une forêt dans laquelle nos pas ne font aucun bruit. En cause, le sol sablonneux, atténuant tous les bruits et nous donnant l’impression de progresser dans du coton. Plus on se rapproche de la plaine, plus les sons de la route redeviennent audibles. S’y mêlent à présent des rires d’enfants: les habitants de la région connaissent bien les méandres du Brenno del Lucomagno, ainsi qu’en témoignent les nombreuses couvertures de pique-nique qui s’étendent désormais dans la vallée. On ne résiste pas à l’envie, après cette belle balade, de tremper nos pieds dans l’eau fraîche. Un bain revigorant tandis que l’on prend le temps d’admirer de nouveau ces aiguilles rocheuses que l’on a presque touchées du doigt.

étapes

Les plans d’eau du val Piora
Traverser à pied le val Piora, que l’on nomme le paradis des eaux miroitantes, et découvrir des paysages de montagne magnifiques. On y monte à bord d’un vertigineux funiculaire.
Remonter à l’origine du Brenno
Un itinéraire en boucle de 6 km permet de découvrir la source du Brenno, le fleuve qui s’écoule dans la Valle Santa Maria avant de rejoindre la vallée du Blenio et Biasca (TI).
La réserve forestière Selvasecca
Cet espace préservé est parcouru par un sentier de 4km parmi les vieux pins cembros et épicéas communs, les marais, les plaines inondables et les tourbières.
Une chasse au trésor familiale
Explorez la région du Lukmanier au cours d’une aventure interactive et amusante. Téléchargez l’application et aidez le roi Ibex et ses courageux amis à trouver un trésor perdu!
Des vues à couper le souffle
Niché dans un paysage exceptionnel, le col du Lukmanier vous emmène jusqu’à la vallée du Blenio que l’on surnomme la «Valle del Sole», car c’est la plus ensoleillée du Tessin.
Le tour des alpages

Le parcours des Alpes, boucle de plus de 13km, permet de découvrir les alpages de la région. Il est possible d’y acheter directement les produits laitiers fabriqués sur place.

+ d’infos www.bellinzonaevalli.ch

Texte(s): Oriane Grandjean, en partenariat avec Bellinzona e Valli Tourisme 
Photo(s): Oriane Grandjean/www.bellinzonaevalli.ch/Luca Grivelli

infos pratiques

Y aller
En transports publics: train jusqu’à Disentis (GR), puis bus jusqu’à Alpe Casaccia.
En voiture: autoroute jusqu’à Viège (VS), puis suivre Furka. Miser sur le ferroutage pour débarquer à Realp, puis emprunter les cols de l’Oberalp et du Lukmanier. Parking à Casaccia.
Le parcours
Boucle de 13km pour un dénivelé de +/-795m. Compter environ 5 h de marche.
Se restaurer
Au Centre Pro Natura Lucomagno, Strada del Lucomagno, 6718 Blenio, tél. 091 872 26 10, www.pronatura-lucomagno.ch
Se renseigner
Bellinzona e Valli, tél 091 825 21 31,
info@bellinzonaevalli.ch, www.bellinzonaevalli.ch
Des panneaux rouge et blanc balisent le sentier long de 13km, afin de faciliter la progression des promeneurs.