Avec la remise en question des produits phytosanitaires et l’engouement pour l’agriculture biologique, le désherbage mécanique connaît un regain d’intérêt. Tour d’horizon d’un marché en pleine expansion.
Elles font leur réapparition dans les hangars et poussent comme des champignons sur les parcelles de blés fraîchement semés, de maïs à peine levés ou de tournesols déjà hauts de 20 cm: les sarcleuses, herses, houes et autres machines destinées au désherbage mécanique connaissent une fulgurante progression sur le Plateau suisse. Conséquence de l’engouement pour le bio et des nombreuses reconversions chez les producteurs de grandes cultures, notamment vaudois. Mais c’est aussi la pression sur les produits de traitement phytosanitaire, glyphosate en tête, qui incite bien des exploitants à s’interroger, voire à s’équiper, ou du moins à tester ces machines. «La palette d’outils, tant pour le travail dit «en plein» que pour le travail de l’interrang, s’élargit d’année en année, confirme Gérald Huber, conseiller spécialisé chez Proconseil. Le marché est porteur, ce qui incite les constructeurs, européens pour la plupart, à répondre à la demande.»
Du côté des sarcleuses et des bineuses, l’arrivée de l’hydraulique, d’éléments aux formes inédites et, plus récemment, de la caméra et du guidage automatique ont tout bonnement révolutionné la pratique. Quant aux nouveaux modèles de herses étrilles, ils n’ont plus rien à voir avec les anciennes machines. «Ils permettent des réglages de la profondeur nettement plus précis», commente Gérald Huber. Là encore, l’hydraulique ainsi que le renforcement du châssis sont autant de variables qui donne la possibilité de travailler de façon plus ou moins agressive et de s’adapter au mieux au stade de culture.
Reste à effectuer le bon choix. «Il faut commencer par évaluer sa situation agronomique. Pratique-t-on le non-labour? Quels sont les résidus de récoltes dans les parcelles? Les sols sont-ils battants? etc.» Autant de questions à se poser avant d’investir, car chaque outil possède des critères d’utilisation qui lui sont propres. Ainsi la houe rotative, qui n’a pas son pareil pour écroûter les sols, nécessite une terre encore humide: «Il faut qu’elle colle légèrement aux cuillères», précise Gérald Huber. Le type de sol et de cultures importe également pour le choix de l’outil. «Entre deux et quatre feuilles, le maïs tolérera mieux une houe qu’une herse, trop agressive. À la différence du soja, qui aime se faire secouer.»
La machine ne fait pas tout
En outre, l’acquisition d’un savoir-faire propre à une technique quelque peu délaissée n’est pas non plus à sous-estimer. «Passer la herse étrille n’est pas si simple qu’il y paraît. Déterminer la période idéale de passage nécessite un certain feeling qui s’acquiert avec l’expérience.» Raisonner la rotation, bien préparer le lit de semence, revoir profondeur et densité de semis, tout cela constitue la base d’un désherbage mécanique réussi.
Attention cependant à ne pas s’en remettre totalement à la machine pour régler le problème des «adventices» sur un domaine. «L’utilisation d’une herse ou d’une sarcleuse n’est que la phase curative. Gérer les mauvaises herbes, c’est 85% de travail préventif! Diminuer la pression des mauvaises herbes nécessite une approche globale, qui va de l’itinéraire technique au choix des rotations. Ce n’est pas la machine qui fait la réussite d’une culture.»
Félix Reymond, Aclens (VD) Einböck, ou comment faire du sarclage un art
Des pattes d’oie équipées pour certaines de fers plats, des dents fuyantes, des étrilles rotatives: la sarcleuse de Félix Reymond est une véritable arme de destruction massive des adventices. D’ailleurs, le jeune paysan, également mécanicien agricole de formation, a mis un point d’honneur à préparer et modifier sa sarcleuse Einböck pour la rendre le plus efficace possible. «Mon but, c’est d’avoir des parcelles propres en un seul passage, afin d’éviter d’y consacrer des heures, en tracteur ou manuellement!» Félix Reymond, fils d’agriculteur bio, qui a repris un domaine de 35 hectares à Aclens il y a trois ans, travaille toujours en duo pour les sarclages. «J’ai opté pour une direction hydrostatique, qui confère de la réactivité et du confort à celui qui est assis à l’arrière.» En un simple demi-tour, le volant de la sarcleuse passe ainsi de la buttée gauche à la buttée droite. Afin de pouvoir sarcler au plus proche de sa culture – soit à 2 cm –, l’exploitant a équipé sa sarcleuse de fers plats soudés sur les pattes d’oie, destinés à butter la culture. «Butter les plants de soja a également un intérêt agronomique: les premières gousses poussent plus haut. Au moment de la récolte, il y ainsi a moins de pertes!» La sarcleuse Einböck est également munie de tôles de protection réglables, plus efficaces que des disques juge l’agriculteur. «C’est un atout essentiel, qui me permet de passer dans des cultures à peine levées sans craindre d’y faire le moindre dégât.» Félix Reymond est cependant particulièrement attentif à ne pas travailler trop en profondeur ses terrains: «Je ne vais pas plus bas que 2 à 3 cm au maximum. Pas question de retourner la terre!» Le châssis a beau être relativement lourd, un tracteur de 65 chevaux suffit pour réaliser ces travaux. Grâce aux options de la sarcleuse Einböck, Félix Reymond peut travailler au plus près de sa culture.
Sébastien Vannod, La Sarraz (VD), Matermacc sarcle en toute simplicité
Sébastien Vannod confirme d’emblée le vieil adage: «Un sarclage vaut deux arrosages!» Le jeune agriculteur de La Sarraz a acquis avec deux de ses collèges une sarcleuse de la marque italienne Matermacc auprès de la maison Alphatec SA, à Mathod (VD). «Aucun d’entre nous n’est en bio, mais au vu de la pression grandissante sur les phytos, nous avons décidé de nous préparer à un éventuel changement de cap de nos pratiques agronomiques.» Après une saison d’emploi, les trois agriculteurs sont convaincus par la machine. «Outre la qualité du sarclage effectué et sa simplicité d’utilisation, j’ai été surpris de la vivacité de la plante après un passage avec cette machine. Le sarclage agit comme un coup de fouet sur les cultures!» Ainsi, du maïs semé à la mi-juillet, derrière de l’orge, s’est étonnamment bien comporté, malgré les chaleurs de la fin d’été. «Le sarclage n’y est à mon avis pas pour rien!» La sarcleuse Matermacc est large de 4 m 50. Son châssis est pliable et équipé d’un vérin hydraulique. La profondeur de travail des éléments est réglable, indépendamment les uns des autres et un système de rail coulissant donne la possibilité de régler leur écartement. Ce qui permet de l’utiliser aussi bien dans du maïs semé à 75 cm que dans du colza, de la betterave ou du tournesol semés à 50 cm. «Les réglages se font très rapidement, c’est appréciable», constate Sébastien Vannod qui a installé un distributeur d’engrais sur la sarcleuse déposant les granulés juste à côté de la ligne. «La vitesse d’avancement permet de projeter la terre et de recouvrir l’engrais, qui est dès lors mieux assimilé.» L’exploitant travaille en solo, grâce à un système de roues qui guide la machine. Il a également installé une caméra au milieu du châssis de la machine, afin de contrôler la qualité du travail. «Elle me permet d’adapter en direct ma conduite et ainsi de travailler relativement rapidement, soit à 6, voire 7 km/h.» «Régler la sarcleuse Matermacc se fait très rapidement, ce qui est bien appréciable», confie Sébastien Vannod.
Éric Despont, Bioley-Orjulaz (VD) L’étrille rotative Einböck ne fait pas de quartier, même avec des résidus de culture
L’étrille rotative d’Éric Despont impressionne autant par sa taille – 12 mètres de large – que par l’efficacité de son travail. Équipée de disques étoilés de 50 cm de diamètre et espacés de 15 cm, la machine, acquise chez Aebi, travaille toute la surface de la parcelle, ne laissant tout bonnement aucune chance aux adventices. Cet agriculteur de Bioley-Orjulaz exploite un domaine d’une cinquantaine d’hectares de grandes cultures en deuxième année de reconversion bio. Ses terres, contenant 15 à 20% d’argile, sont plutôt légères. «Au début de ma reconversion, j’ai tout de suite opté pour cet outil, qui me semblait le plus efficace pour extirper les adventices du sol, même à vitesse très réduite.» Car Éric Despont cultive plusieurs hectares de pois, culture extrêmement fragile qui nécessite un désherbage mécanique en douceur. «Même à 2 km/h, le travail est fait, apprécie l’agriculteur. À la différence d’une herse étrille, on ne cherche pas à faire vibrer les dents avec un tel outil. Donc nul besoin de vitesse pour être efficace.» Autre avantage de taille pour l’exploitant vaudois: par rapport à la herse étrille, l’étrille rotative a une sensibilité moindre aux résidus organiques. «J’ose vraiment désherber des parcelles qui ne sont pas parfaitement plates, ou qui présentent encore du mulch en surface», poursuit Éric Despont qui estime par ailleurs que les réglages de l’étrille rotative Einböck sont relativement simples à effectuer. «La machine est globalement facile à appréhender.» Ce qui n’empêche pas le désherbage mécanique de demeurer une opération nécessitant beaucoup de méticulosité, met en garde l’agriculteur: «Quand je commence une parcelle, sur les cinquante premiers mètres, il n’est pas rare que je descende du tracteur à deux, voire trois reprises.» Les étoiles, indépendantes, sont montées sur ressorts, permettant à chacun des disques de s’adapter aux reliefs du terrain. «C’est l’outil idéal pour des parcelles hétérogènes.»
Alain Simon, Novalles (VD) He-Va, la herse danoise bien pensée pour un travail précis et minutieux
En parallèle de son atelier de mécanique agricole, Alain Simon exploite un petit domaine de 16 hectares à Novalles, où il teste régulièrement le matériel qu’il vend par ailleurs. Même s’il ne s’est pas converti au bio, voilà quelques années que l’agriculteur vaudois ne désherbe plus ses céréales qu’à l’aide d’une herse étrille He-Va, marque danoise importée en Suisse par la maison Ott. D’une largeur de 7 m 50, la machine est équipée de 5 éléments hydrauliques pendulaires de 1 m 50. Chacun d’entre eux possède cinq rangées de dents doubles, démontables, d’un diamètre de 7 mm. Des roues de rappui réglables assurent une profondeur de travail constante entre les rangées de dents avant et arrière. «Le principe de la herse étrille, c’est de faire vibrer la dent dans le sol afin de déraciner les adventices. Je travaille dès lors à une vitesse d’environ 4 à 6 km/h. Je n’utilise que l’extrémité de la dent, à une profondeur d’un centimètre, pas plus.» Autant dire que les réglages sont d’une grande importance. «Il faut être vraiment très minutieux pour éviter des passages qui s’avéreraient contre-productifs», reconnaît Alain Simon, qui apprécie tout particulièrement de pouvoir effectuer un réglage hydraulique de l’angle de travail et de rendre ainsi plus ou moins agressif le travail des dents. «La pénétration des dents dans le sol est ajustable section par section», précise encore l’agriculteur, qui reconnaît cependant des limites à l’utilisation d’un tel outil: «Le terrain doit être plat, vraiment bien nivelé et sans résidus de cultures précédentes.» Alain Simon confie par ailleurs avoir découvert que le spectre d’action d’une herse étrille est beaucoup plus large que ce qu’il imaginait: «Je l’utilise aussi volontiers comme régénérateur de prairies en début de saison, mais aussi au sortir de l’hiver, pour écroûter efficacement nos terrains généralement bien tassés par la neige abondante dans notre région.» C’est ainsi la polyvalence de l’outil qu’Alain Simon apprécie le plus dans la herse He-Va «Ce serait parfaitement imaginable de l’équiper avec un semoir à la volée ou un semoir pneumatique à tubes», conclut-il.Alain Simon apprécie la herse He-Va. Large de 7 m 50, elle est réglable grâce à l’hydraulique rendant le travail des dents plus ou moins agressif.
Damien Poget, Senarclens (VD), Solide et polyvalente, la herse étrille APV fait parfaitement le boulot qu’on attend d’elle
Damien Poget le confie volontiers: sa herse étrille est devenue un outil incontournable de son parc matériel. «Elle est vraiment bonne à tout faire, confie l’agriculteur, qui exploite à Senarclens un domaine d’une soixantaine d’hectares en bio. Lorsqu’il se lance dans sa reconversion il y a trois ans, Damien Poget teste tout d’abord différents matériels. Il décide finalement d’investir dans une sarcleuse Einböck et une herse APV, acquise auprès de la maison Baudet, à Grolley (FR). «Elle fait 6 mètres de long, ce qui me permet de l’atteler à un petit tracteur et de rentrer dans mes parcelles sans craindre de tasser le sol.» Des dents de 7 mm, longues de 450 mm et espacées de 3,1 cm dépendent de quatre éléments longs de 1 m 50 et équipés d’un vérin. «L’hydraulique est à mes yeux indispensable pour effectuer un travail qu’on souhaite plus ou moins agressif.» Le jeune agriculteur a équipé sa herse d’un châssis renforcé, qui alourdit la machine de façon à travailler les prairies à la reprise du printemps. «Ça permet de la rigidifier et de mieux épouser les hétérogénéités du sol.» Damien Poget utilise ainsi sa herse aussi bien dans les céréales que dans les cultures sarclées. «Lorsque je sème mon blé avant la mi-octobre, un passage de herse suffit à venir à bout des mauvaises herbes au stade fils blancs, témoigne le jeune exploitant. Elle me sert également pour désherber des tournesols bien implantés, hauts de 20 cm, au printemps.» La herse étrille s’avère un outil d’une extrême polyvalence que l’agriculteur de Sernaclens utilise pour de nombreux travaux tout au long de l’année. «Je peux m’en servir pour réaliser de faux semis en fin d’été, pour achever la destruction d’une parcelle de luzerne à l’entrée de l’hiver, ou encore pour finaliser le travail d’un déchaumeur, par exemple, énumère Damien Poget. Et je suis persuadé que je n’ai pas encore exploré toutes les possibilités!» Damien Poget ne pourrait plus se passer de sa herse étrille APV.
