Nicolas Blaser a toujours souhaité posséder sa propre ferme et ses vaches. C’est dans le Jura français qu’il a trouvé son bonheur.
Depuis tout petit, Nicolas Blaser rêvait d’être agriculteur et de posséder son domaine. Toutefois, ce Nyonnais, bien qu’issu d’une famille proche de la terre, n’a pas grandi dans une ferme. Il commence sa vie professionnelle par un CFC de meunier et travaille une dizaine d’années dans cette branche. En 2008, il se décide à tout mettre en œuvre pour réaliser son rêve de gosse et entame alors un CFC d’agriculteur. Installé à Apples (VD), dans le village de sa femme Isabelle, Nicolas Blaser jongle entre nouvelle vie de famille, cours à l’école d’agriculture de Marcelin et travail sur le domaine de Didier Roch et Stéphane Teuscher à Ballens.
Durant ses quatre ans d’apprentissage, Nicolas Blaser réfléchit à acheter un domaine agricole en Suisse romande. Il en visite même quelques-uns. «Mais financièrement, ce n’était pas possible pour un jeune couple et deux enfants. Nous aurions pu trouver en location, souvent sans l’habitation, mais ce n’est pas ce que nous souhaitions.» Christian Bernasconi, ingénieur agronome à Le Côvé, fiduciaire agricole basée à Bex (VD), confirme cette difficulté: «Pour un jeune qui n’a rien, souvent la seule possibilité, c’est la location. Il doit oublier l’achat, car la vente est réglée par le droit foncier et dans le cas d’une exploitation, l’acheteur doit amener environ 80% de fonds propres pour que la banque mette le reste. De plus, même si les prix de vente sont réglementés, ils restent conséquents. Par exemple, pour une terre agricole de bonne qualité, il faut compter 5 francs le mètre carré, soit 50 000 francs pour 1 hectare. Et pour construire une étable, 20 000 à 30 000 francs par tête de bétail sont nécessaires.»
Malgré ces exigences financières élevées, Nicolas Blaser ne se décourage pas. Lors d’un voyage d’études, sa classe rend visite à un compatriote installé dans le département du Jura français. C’est le déclic pour le Nyonnais qui entame sa recherche dans cette région où les prix sont quatre à cinq fois moins élevés qu’en Suisse. Pour environ 450 000 euros, il pouvait espérer trouver son bonheur.
Changement de statut
Avec sa compagne, ils visitent deux fermes, dont celle d’un couple qui désire trouver un repreneur à Onglières, petit village dans le Jura, à une quarantaine de kilomètres à vol d’oiseau du lac de Joux. «Nicolas a tout de suite eu le coup de foudre», sourit Isabelle Blaser qui a quitté son poste d’employée de commerce dans une assurance pour suivre son mari. «Il y avait tout ce que je cherchais: l’habitation, la traite directe, les logettes, l’alimentation automatique.» De plus, Onglières n’est pas trop loin de la famille et des amis vivant à La Côte.C’est donc là, au Clos-du-Dard, que Nicolas Blaser vit désormais son rêve de gosse. Le couple, aujourd’hui âgé de 36 et 34 ans, et ses deux enfants, Dylan, 7 ans, et Alexis, 5 ans, s’y sont installés quelques jours avant le 1er janvier 2013. Le contact avec le couple de Français se passe à merveille. L’agriculteur retraité est toujours disponible pour répondre aux questions de Nicolas et vient volontiers dépanner, si besoin, mais sans jamais s’imposer.
Durant les six premiers mois, Isabelle a toutefois connu quelques coups de blues. Le Léman, les Alpes et les soirées entre copines lui manquent. Bien décidée à ce que ces moments de cafard ne s’éternisent pas, elle met tout en œuvre pour trouver sa place. Ainsi, elle apprend le métier aux côtés de son mari et passe du statut de collaboratrice familiale à celui d’associée à 50%. Pour cela, elle a dû suivre trois jours de formation afin de connaître tous les détails de la filière du comté. Nicolas Blaser avait quant à lui suivi six jours de stage, son CFC suisse n’étant pas reconnu en France. Aujourd’hui, Isabelle Blaser aime traire la quarantaine de montbéliardes, la seule race autorisée pour la production du comté. Un fromage dont le cahier des charges s’apparente à celui du gruyère.
Agrandissements en vue
Trois ans après être arrivé, le couple prévoit déjà d’agrandir sa ferme. Le but est d’élever à l’année 45 montbéliarde. Autre bonne nouvelle, le remboursement de l’emprunt pour l’achat, prévu sur quinze ans, devrait être bouclé une année plus tôt que prévu grâce aux taux qui ont baissé. Enfin, les Blaser ont pu acheter 6 hectares de terre, passant ainsi à 85 hectares.
Afin de développer un réseau, mais aussi dans le but de s’intégrer, le couple n’hésite pas à s’impliquer dans la vie associative locale. Isabelle s’est abonnée à un service de remplacement. Elle se retrouve ainsi parfois dans des chambres d’hôte, sert de guide dans un lieu touristique ou vend du fromage. Elle est aussi membre d’un groupement féminin agricole qui organise des formations ou des sorties, préside l’association des parents d’élèves et a rejoint un groupe de rugby féminin. Quant à Nicolas, il a repris la présidence de la CUMA (un regroupement de machines agricoles), joue au foot et fait partie de la commission d’investissement de la fromagerie. Une coopérative qui gère 6,3 millions de litres de lait par an produit par 25 exploitations. «Ce qui a changé depuis notre installation, c’est la libéralisation des quotas laitiers en 2015. Nous avons ainsi droit aujourd’hui à 3900 litres par hectare. Nous devons veiller à ne pas trop produire, afin d’éviter que le prix du comté chute.» Pour l’instant, ce changement encore récent ne semble pas trop les inquiéter.
Isabelle et Nicolas Blaser ne regrettent pas leur choix. «Nous partions dans le flou, mais nous n’avons aucun regret. J’encourage d’autres à le faire, souligne Nicolas Blaser. C’est même mieux que dans mes rêves, ne serait-ce que pour la qualité de ma vie de famille. J’ai la chance de pouvoir partager tous mes repas avec ma femme et mes enfants.»
en chiffres
L’exploitation des Blaser, c’est:
- 85 hectares, quasi exclusivement en herbage.
- 100 montbéliardes en moyenne, élevage compris.
- 330 000 litres de lait coulé annuellement.
- 50 centimes d’euro, soit le prix du litre de lait pour la production du comté.
- 820 mètres: l’altitude d’Onglières.
