De plus en plus d’agriculteurs choisissent de bâtir des halles en acier recouvertes d’une bâche en tissu. Ce procédé de construction innovant remplace les abris ou les tunnels demi-ronds traditionnels, en perte de vitesse.
Construite en un temps record, la nouvelle halle du Centre équestre d’Yverdon-les-Bains (VD) est visible loin à la ronde. Haute de 12 mètres, cette structure en acier et membrane textile beige de 4000 m2 interpelle le passant. C’est la dernière réalisation et la plus grande jamais construite – comprenant une piste de sable de 60 mètres sur 30 et une vingtaine de box – par l’entreprise vaudoise Impact Équipements, de Vuiteboeuf. Cette dernière érige d’ordinaire des halles de stockage, des abris pour vaches laitières ou des dômes pour des centrales de biogaz.
Le propriétaire du centre équestre, Max Studer, voulait créer «quelque chose d’innovant», c’est pourquoi il a choisi cette option encore méconnue en Suisse, alors qu’elle existe depuis plus de vingt-cinq ans en Europe. «Le terme métallotextile intrigue et c’est le but, explique Fabien Roulin d’Impact Équipements. Le tissu a une mauvaise image en campagne, on se souvient de tunnels partant en lambeaux. Avec la technologie, cela a bien changé.» Dans le monde, ils sont de plus en plus nombreux à recourir à ces toiles. Cette technique est même utilisée pour protéger les spectateurs des aléas de la météo aux JO de Rio.
Résistance au vent
Dans la campagne, l’usage de cette structure est encore marginal. Depuis 2010, l’entreprise du Nord vaudois, l’une des rares du pays à proposer ce genre de constructions, collabore avec Agrotel, fournisseur austro-allemand de ces bâches spécialement traitées pour résister une dizaine d’années, voire plus. «On est des pionniers et on sent qu’aujourd’hui, on est passés du stade de la curiosité à celui de la concrétisation de projet», se félicite Fabien Roulin, qui estime pouvoir intéresser aujourd’hui un millier de clients en Suisse. Une centaine d’abris, halle et manège métallotextiles ont déjà été érigés dans le pays ces dernières années. Tous ces bâtiments doivent être mis à l’enquête au préalable et répondre aux normes SIA.
À Corcelles-Concise (VD), l’agriculteur Philippe Humbert a choisi une structure métallotextile pour son nouvel abri à veaux il y a deux ans. «Je cherchais quelque chose de provisoire qui ne soit ni trop invasif, ni compliqué, ni cher, explique-t-il. Je ne suis pas déçu: la membrane résiste même aux forts coups de joran et isole quand même. Cela n’a rien à voir avec une cantine de fête.» Il estime que son abri de 4 m sur 10, construit en zone village, lui a coûté deux fois moins cher qu’une halle en dur, le prix moyen d’une structure basique étant d’environ 100 fr. le mètre carré. Max Studer arrive au même constat, louant de plus la luminosité offerte par la toile claire, lui évitant d’éclairer la piste. Cette dernière est aérée par des parois mobiles télécommandées, se refermant au gré des alertes météo.
Remise en état facile
Si des professionnels ont choisi cette option, c’est aussi pour la facilité de la démolition de ces halles, une fois leur utilisation devenue superflue. «Comme il n’y a pas de fondations en béton, il suffit de démonter la structure métallique, que l’on peut revendre si l’on veut, puis de remettre 25 cm de terre sur l’ancien emplacement avant de pouvoir réutiliser cette surface», ajoute Fabien Roulin. Une membrane endommagée peut aussi être changée en tout temps, une opération rapide.
Si la luminosité dans un local de stockage ne rentre pas forcément en compte dans le calcul de l’achat d’un nouvel abri, les façades droites, permettant de pro-téger davantage de machines ou de fourrage, oui. Ces dernières années, les abris-tunnels conventionnels ont aussi évolué, constatent les professionnels de la branche. «Depuis cinq ans, il y a un changement dans le marché des abris-tunnels, confirme Pierre Marion, directeur achat et logistique chez Sansonnens SA à Rueyres-les-Prés (FR). Les tunnels bas, demi-ronds dérivés des serres maraîchères, sont remplacés par des abris aux façades droites, généralement de 9 m 60 ou 12 m 80 de large.» Le choix du textile vert, anthracite, beige ou d’une bâche dite «camion» revient finalement à l’agriculteur, qui dispose aujourd’hui d’un choix plus étendu d’abri selon ses moyens.
La construction en trois étapes
- Les fondations
Il n’y a pas besoin de bétonner les fondations des structures, mais il convient de les installer sur un terrain stabilisé. «Nous n’utilisons pas un gramme de béton, note Fabien Roulin. Après avoir effectué une étude géologique, on détermine l’ancrage adéquat, comme ici à Yverdon des pieux de 2 mètres de long plantés dans un mélange de terre, chaux et ciment.» - L’assemblage
Les pièces en acier inoxydable de l’ossature des abris arrivent sur le chantier déjà prêtes.
Il suffit alors de les assembler comme un mécano, unissant le tout avec des boulons, en suivant les plans aussi sérieusement qu’une notice Ikea. Certains agriculteurs choisissent d’effectuer eux-mêmes les travaux, qui durent de quelques heures à quelques jours. - La pose de la membrane
Aucun échafaudage ne doit être monté pour poser la toile textile sur la charpente. Tout se fait par les airs avec une grue. La membrane est déposée au centre de la halle puis tendue parfaitement de chaque côté, avant d’être arrimée de part et autre de la structure. Pour que ce soit fait au mieux, cette opération doit se dérouler lorsqu’il n’y a pas ou peu de vent.
