Entre sélection variétale, fumure et tonte millimétrée, les pelouses suisses des footballeurs pros et des amateurs sont bichonnées toute l’année. Zoom sur ces cultures particulières alors que débute l’Euro en Allemagne.
Marquage à la peinture naturelle
Une homologation qui exige une infrastructure complexe, avec des systèmes d’arrosage et de drainage, un chauffage souterrain et des appareils de luminothérapie en hiver, afin de permettre une utilisation des stades toute l’année, quelles que soient les conditions météorologiques. Les trente premiers centimètres de terre sont évacués pour être remplacés par du sable, qui sert de substrat au gazon. Celui-ci commence à germer une dizaine de jours après les semis, et les tontes successives permettent à la pelouse de se densifier pour devenir praticable huit à neuf semaines plus tard. Il ne reste alors plus qu’à procéder au marquage, qui s’effectue à l’aide d’une peinture blanche naturelle. Sur les terrains professionnels, cette opération est robotisée, afin de définir avec précision les différentes zones de jeu: rond central, ligne médiane, de touche et de but, surface de réparation, zones de corner.
Sur ces terrains, tout est normé: la rapidité d’infiltration d’eau, la dureté du sol, les marquages ou encore la hauteur du gazon.
À chaque utilisation son gazon
Dans certains cas, on renonce au semis direct au profit du placage. Cette méthode, qui consiste à appliquer sur la surface des bandes de gazon précultivé, offre l’avantage d’être fonctionnelle plus rapidement. La technique est également privilégiée pour des besoins temporaires. Cela sera le cas, par exemple, du stade du Wankdorf et de la Stockhorn Arena de Thoune, dont les pelouses sont en synthétique et qui, pour pouvoir accueillir des matches de l’Euro féminin l’année prochaine, devront passer au gazon naturel pendant la durée de l’événement. «Dans ces cas-là, on sature le tapis avec du sable jusqu’à la surface pour pouvoir y plaquer les bandes de gazon naturel. Celles-ci sont cultivées dans des gazonnières pendant douze à dix-huit mois et ne nécessitent qu’une semaine d’enracinement avant de pouvoir être fonctionnelles. C’est la solution la plus adaptée lorsqu’il faut être prêt à une date précise ou qu’une construction intervient en hiver, quand les semis n’ont pas les conditions pour lever», raconte Vivien Bindler.
Il existe une multitude de variétés de gazon et la sélection des graminées s’effectue selon plusieurs critères. «Les trois principales sont le ray-grass, le pâturin des prés et la fétuque, qui ont chacune leurs particularités. Certaines ont une croissance très rapide, d’autres mettent plus de temps à pousser, mais supportent mieux la chaleur et les piétinements. Le choix se fait en fonction du site et des besoins. Au stade de Genève, par exemple, il faut une pelouse qui se régénère rapidement, car les lieux peuvent accueillir une rencontre de rugby le vendredi et un match de football le samedi», poursuit Vivien Bindler.
En traitement curatif, nous avons recours à des machines dotées de peignes qui permettent de décompacter la surface du sol afin d’affaiblir les adventices tout en stimulant le gazon.
Sur un terrain, la couleur du gazon a également son importance. Elle ne doit être ni trop foncée ni trop claire, afin de pouvoir y déceler facilement les éventuelles maladies et adventices. Pour limiter au maximum le recours aux produits phytosanitaires, les professionnels se tournent de plus en plus vers les solutions mécaniques. «Les mauvaises herbes s’installent si elles en ont la place. L’une des approches préventives consiste donc à densifier le gazon et à favoriser son enracinement. En traitement curatif, nous avons recours à des machines dotées de peignes qui permettent de décompacter la surface du sol afin d’affaiblir les adventices tout en stimulant le gazon», poursuit l’ingénieur agronome. Une technique qui a fait ses preuves au stade de la Tuilière, à Lausanne, où le recours répété à cette méthode a permis de supprimer complètement l’utilisation de produits phytosanitaires depuis trois ans. Les pelouses nécessitent également un apport régulier en fumure, particulièrement celles de Super League, où le drainage retient peu les éléments minéraux. «Cette perte doit être compensée par un apport chimique. En revanche, il est plus facile de se tourner vers des solutions biologiques sur les terrains amateurs, où le gazon est semé sur une terre végétale, qui offre une meilleure capacité de retenue des éléments nutritifs.»
Alternative aux billes de pneus
Outre ses pelouses en gazon naturel, la Suisse compte également plusieurs terrains de football en revêtement synthétique. Pour garantir un bon amortissement, les interstices entre les brins d’herbe artificielle sont remplis avec de la matière fine. Jusqu’à récemment, on fabriquait ces minuscules billes à partir de pneus usagés. Mais depuis quelques années, les constructeurs privilégient des matériaux plus naturels, comme le liège ou la noix de coco broyée. Dernièrement, l’entreprise Realsport a innové sur l’un des terrains de l’Institut du Rosey, à Rolle (VD), en appliquant des cœurs de rafles de maïs finement concassées. Une approche écologique et locale, mais aussi meilleure pour la santé des joueurs, car cette matière ne présente aucune toxicité et dégage moins de chaleur en été.
