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Flunick, un robot porte-outil «Swiss made» destiné aux cultures spéciales

Le Zurichois Andi Reichenbach a développé un porte-outil autonome et guidé par GPS. L’Association suisse de la machine agricole vient de lui remettre le prix spécial à l’occasion de l’agroPrix 2018.

Flunick, un robot porte-outil «Swiss made» destiné aux cultures spéciales

Il faut le voir pour le croire. Un porte-outil enjambeur monté sur chenilles désherbe en parfaite autonomie une parcelle de jeunes thuyas. Cette vision futuriste est pourtant on ne peut plus d’actualité dans la pépinière d’Andi Reichenbach, à Hausen am Albis. L’entreprise zurichoise compte 14 hectares sur lesquels elle cultive plus de 800 sortes de plantes, vivaces, graminées, arbres fruitiers et ornementaux, fougères et rosiers, vingt collaborateurs… et un robot, le Flunick. Autonome, rapide et polyvalent, ce porte-outil a été conçu spécialement pour le travail en pente dans les cultures spéciales.
L’engin, grâce auquel Andi Reichenbach vient de se voir récompenser par le Prix de l’Asma (Association suisse de la machine agricole) lors de l’agroPrix 2018, est né dans l’esprit du pépiniériste zurichois il y a déjà près de dix ans. «J’ai toujours eu une idée fixe: celle de mécaniser des tâches répétitives et fastidieuses, à commencer par le binage ou le sarclage, confie l’entrepreneur. Mon rêve était de concevoir une machine autonome et surtout polyvalente, pour pouvoir me consacrer, avec mes employés, à des tâches plus intéressantes et qui dégagent davantage de valeur ajoutée.»

Sur le principe d’un enjambeur
Dans l’esprit visionnaire d’Andi Reichenbach, la machine prend forme petit à petit. Autonome grâce au guidage GPS, caractérisée par un centre de gravité très bas dans des pentes et une faible empreinte au sol pour éviter le tassement, l’outil devra être léger, étroit et surtout capable de s’adapter aux centaines de sortes de plantes que compte la pépinière. Après plusieurs années de réflexion, Andi Reichenbach approche, en 2014, un mécatronicien de Büren (NW), Anton Zimmermann, ainsi qu’un mécanicien sur machines agricoles de Heimisbach (BE), Matthias Linder. Ensemble, ils passeront plus de 500 heures à chercher la solution afin de concrétiser le rêve d’Andi Reichenbach. Leur prototype fonctionne depuis plus d’un an. Construite de façon symétrique, selon le principe d’un enjambeur, la machine est dotée d’un châssis en forme de parallélogramme et de deux moteurs diesel entraînant des chenilles. Un système hydraulique (moteur et pompe) se charge d’écarter et d’orienter indépendamment chacune des chenilles. La partie porte-outil peut quant à elle être équipée de quatre accessoires différents: des pattes d’oie pour sarcler, une bineuse intercep, une planteuse et un épandeur d’engrais. «À terme, on pourra aussi pulvériser, mulcher, préparer le sol, effeuiller, etc.», s’enthousiasme Andi Reichenbach. Les possibilités sont en effet grandes grâce à des moteurs hydrauliques suffisamment puissants, mais aussi et surtout aux cinq branchements hydrauliques qui équipent chaque côté du prototype. «Nous avons également installé des capteurs disposés à intervalles réguliers pour contrôler par exemple les intervalles entre les arbres», précise Anton Zimmermann.

Une précision d’un centimètre
Les membres du jury du prix de l’ASMA ne s’y sont pas trompés, le Flunick est innovant à plus d’un titre. Un des aspects les plus remarquables est d’ailleurs ses chenilles en caoutchouc qui se courbent lors des virages, de façon à éviter le ripage. «Nous les avons renforcées à l’intérieur pour répartir au mieux les forces, précise Matthias Linder. Elles s’adaptent au terrain sans créer de pression supplémentaire et évitent ainsi de tasser le terrain, limitant le poids au sol à 246 g/cm2.» Quant au pilotage, il peut s’effectuer par radio – une personne équipée d’une tablette de commande mobile peut être située à 400 mètres du Flunick – ou par GPS. «Après des mois de travail, nous sommes enfin parvenus à intégrer la technologie de guidage satellitaire», confie Anton Zimmermann. Désormais le pari est réussi, le Flunick avance seul, suivant un signal RTK lui conférant une précision de plus ou moins 1 cm.

Un avenir sans diesel?
Ce prototype novateur, entièrement construit en Suisse, a déjà suscité l’intérêt de nombreux professionnels et acteurs du secteur de la vigne, du maraîchage, de l’arboriculture ainsi que de la pépinière. «Mécaniser la fertilisation, la plantation, le désherbage était jusqu’à présent interdit à ceux qui exploitent des terrains en pente, résume Andi Reichenbach. Notre approche en matière d’ingénierie était justement guidée par ces simples lois physiques!» La machine, qui pèse 1700 kg, se distingue en effet par un centre de gravité extrêmement bas lui permettant de travailler dans des pentes de 30%, assure le pépiniériste. Le Flunick devrait être promis à un bel avenir, d’autant plus qu’il permet de travailler quotidiennement 8 hectares. «Pour l’instant les moteurs sont alimentés au diesel, reconnaît le Zurichois, mais on pourrait le remplacer par autre chose. Du solaire, par exemple!»

+ D’infos Le Flunick sera présenté à l’Agrama 2018 sur le stand d’Emmental Assurances. www.semesis.ch

 

Texte(s): Claire Muller
Photo(s): Claire Muller / Christian Reichenbach

En chiffres

  • 1,7 tonne.
  • Écartement réglable de 1 m 50 à 2 m 50.
  • Hauteur réglable jusqu’à 2 m 30.
  • Motorisation diesel 3 cylindres.
  • 5 prises hydrauliques.
  • Chenilles de caoutchouc larges de 23 cm.

Bon à savoir

Le Prix de l’Asma récompense chaque année un projet innovant en matière de technique agricole. En 2018, sur la soixantaine de dossiers déposés pour l’agroPrix, treize l’ont été dans la catégorie «Innovation technique agricole», soit 20% d’entre eux. «Depuis seize ans que le prix de l’Asma existe, la proportion de projets techniques augmente d’année en année, se réjouit Bendicht Hauswirth, qui observe que de plus en plus de paysans effectuent une double formation en mécanique agricole et sont donc à même d’améliorer bien des choses sur leurs machines et leurs outils. Les critères de créativité, de potentiel économique, de sécurité sont évalués par un jury d’experts.
+ d’infos www.agroprix.ch