Déjà forcés de composer avec les aléas du climat, les producteurs vont en plus devoir répondre aux ambitieux objectifs de réduction des produits phytosanitaires fixés par la Confédération.
Comment les maraîchers suisses ont-ils vécu les extrêmes climatiques de ce printemps 2017?
➤ La situation des producteurs de légumes n’est pas aussi catastrophique que celle des vignerons ou des arboriculteurs, qui ont vu leurs cultures ravagées par le gel. Notre branche a souffert, bien entendu, mais, par chance, les vagues de gel étaient annoncées suffisamment tôt, les producteurs ont ainsi pu prendre leurs précautions et protéger les cultures. Cela a demandé un énorme investissement en main-d’œuvre, mais qui s’est avéré très efficace. Parmi nos membres, ce sont les producteurs d’asperges qui ont le plus souffert. Ils n’ont eu en effet aucune production pendant deux semaines, alors que la période de récolte s’étale en principe sur deux mois seulement! Dans la majorité des cas, la croissance de tous les légumes a été freinée fin avril, puis les conditions ont été depuis extrêmement favorables et on a désormais retrouvé un rythme de production semblable à une année normale.
Allez-vous venir en aide à des exploitations qui rencontrent des difficultés financières?
➤ Seule une poignée de producteurs nous ont approchés ces dernières semaines, car ils se retrouvent dans des situations extrêmement précaires. D’une manière générale, nos membres sont des entrepreneurs: gérer les aléas climatiques fait partie de leur quotidien. Toujours est-il que nous allons soutenir ceux qui nous l’ont demandé dans leurs démarches, en vue d’obtenir des aides transitoires et des crédits d’investissement afin de leur éviter de gros problèmes de liquidités.
Comment l’évolution globale du climat influe-t-elle sur les cultures maraîchères, les régions de production et les modes de culture?
➤ Outre l’élargissement de la période de récolte des légumes en plein champ, on assiste à une hausse de fréquence des accidents climatiques, qui doit inciter le maraîcher à davantage intégrer la notion de risque à sa stratégie de production. Les installations d’irrigation sont devenues également une condition sine qua non, au vu de l’évolution climatique – mais également des exigences des distributeurs et des consommateurs. On remarque aussi un déplacement de la production vers la Suisse orientale, où le climat est plus humide, délaissant des régions comme le Valais central, souvent trop sec.
Dans quelques semaines, on saura exactement quel sort la Confédération réserve à l’usage des produits phytosanitaires. Particulièrement visé par ce plan d’action, il semble que le secteur maraîcher a du souci à se faire…
➤ Les maraîchers sont parfaitement conscients du défi actuel et à venir: faire mieux avec moins. Mais ce qu’on essaie de faire comprendre à nos responsables politiques, c’est qu’on a besoin d’aide pour avancer. La branche maraîchère soutient donc le plan d’action proposé par la Confédération, mais demande aussi davantage de moyens afin de trouver des méthodes alternatives, au désherbage chimique par exemple. On ne peut pas nous imposer des fins sans nous donner les moyens.
L’Office fédéral de l’agriculture vous incite cependant à être proactifs et à trouver des solutions par vous-mêmes. Que lui répondez-vous?
➤ Que de notre côté, nous cherchons à diminuer le recours aux phytos et à limiter les résidus depuis des années déjà. Les producteurs ont réalisé de nombreux efforts, qui n’ont d’ailleurs jamais été remarqués par les politiques. Le maraîchage est parmi les branches de l’agriculture les plus intégrées au marché. Par conséquent, ses producteurs sont confrontés de longue date à cette problématique, et n’ont pas attendu qu’on leur dise. Si des progrès ont été faits, par exemple dans la lutte antiparasitaire, c’est avant tout grâce à eux. Le budget de la Confédération consacré à la recherche et innovation pour le maraîchage, au regard de la valeur globale de la production légumière, est tout simplement ridicule.
Quel est pour vous le principal risque de ce plan phytosanitaire?
➤ De voir diminuer notre niveau d’autoapprovisionnement, aujourd’hui de 55% en légumes, ou de voir se péjorer la qualité des produits mis sur le marché. Il faut être clair: on ne pourra pas garantir l’approvisionnement d’un pays en cultivant des légumes sur les balcons! On a besoin d’une production maraîchère forte. Et protéger les cultures ne doit pas être un tabou. On doit y accorder autant d’importance qu’à la protection de l’eau et des sols. Il me semble qu’on oublie un peu vite les famines et les pénuries en produits agricoles qu’on a connues en Europe, liées à un manque de moyens de lutte.
Voilà deux ans que vous organisez des journées de promotion du métier de maraîcher. Quels en sont les échos?
➤ Relativement bons. Cette année, ce sont une douzaine d’entreprises qui ont accueilli une trentaine de jeunes intéressés. J’ai bon espoir que ces opérations portent leurs fruits dans les prochaines années, car la branche connaît un immense déficit de main-d’œuvre qualifiée, avec seulement trente nouveaux diplômés chaque année, alors qu’on en aurait besoin de soixante! Nous avons 400 entreprises maraîchères de grande taille qui ont besoin de personnel qualifié, notamment pour gérer des serres, encadrer des ouvriers.
Quelles sont les tendances observées sur les marchés en matière de consommation?
➤ On sent une énorme évolution du prêt-à-l’emploi. Le 4e gamme occupe désormais près de la moitié du marché et cette évolution n’est de loin pas achevée. Il y a encore un potentiel, notamment dans le secteur des salades. Par ailleurs, on va vers encore plus de segmentation dans les gammes de produits: les consommateurs et la distribution attendent de la diversité en termes de variétés et de présentation. Sont actuellement tendance les légumes snacks, comme les miniconcombres et les tomates cerises, etc.
Quid des modes de commercialisation? Pensez-vous que la vente directe peut gagner du terrain?
➤ Actuellement, plus de 70% des légumes produits en Suisse sont achetés en grande distribution. La vente directe est quant à elle stable. Mais à l’avenir, les consommateurs seront toujours plus séduits par la vente par correspondance et la livraison à domicile. En ce qui concerne les légumes, il y a un marché de 20 à 25% à saisir. Peut-être que les producteurs ont une carte à y jouer.
En chiffres
La production maraîchère, c’est:
3100 exploitations, soit 5% des exploitations agricoles du pays.
450’000 tonnes de légumes produits annuellement.
55%, taux d’autoapprovisionnement.
10’000 hectares, soit 1% de la SAU suisse.
0,7 milliard de francs, soit 9% de la valeur ajoutée produite par l’agriculture suisse.
9500 postes de travail: premier employeur dans le secteur primaire.
+ D’infos www.legume.ch
