Samuel dind
Et si le trublion de la lutte romande créait la surprise à Estavayer?

Ce Neuchâtelois d’adoption est l’un des rares romands qui peut prétendre à une couronne fédérale. Rencontre avec cette force de la nature au caractère aussi trempé que son physique d’acier.

Et si le trublion de la lutte romande créait la surprise à Estavayer?

«Des lutteurs romands connus outre-Sarine? Oui, il y a quel-ques noms qui me viennent à l’esprit, comme Gapany, Matthey, Duplan… Et puis il y a Dind! Celui-là, faudra s’en méfier à la Fédérale.» Recueillie récemment auprès d’un habitué des ronds de sciure alémaniques, cette petite phrase ne fait pas ciller le principal concerné. Bras croisés, mâchoire serrée, il en faut plus pour bousculer Samuel Dind, solide lutteur neuchâtelois de 26 ans.

Du haut de son mètre 85, fort de ses 130 kg et 23 couronnes glanées depuis 2008, ce paysan de formation, qui travaille aujourd’hui dans une entreprise de forage-sciage de béton, est actuellement l’un des Romands les plus redoutés outre-Sarine. C’est qu’il s’est fait remarquer ces deux dernières saisons grâce à deux victoires sur des couronnés fédéraux. Bien que peu en vue des dirigeants romands, notamment à cause de son caractère, et après une Fédérale 2013 à Berthoud en demi-teinte – il n’avait pas pu lutter le dimanche, après une passe gagnée et trois perdues – Samuel Dind s’est désormais affirmé comme l’un des chefs de file incontesté du team romand.

Deux fédéraux à son actif
«J’ai eu un déclic en 2014, lors de la fête de l’association Nord-West et de ma victoire sur Bruno Gisler», se contente-t-il dire. Son combat de 45 secondes face au Soleurois, qui compte une centaine de couronnes à son palmarès, dont deux fédérales, est d’ailleurs toujours visible sur Youtube. «Sam s’est ensuite fait un nom au niveau fédéral en 2015, en remportant une couronne à la Fête alpestre du Weissenstein et en venant à bout d’un autre couronné fédéral, le bernois Matthias Siegenthaler», poursuit son frère Clément, d’un an son cadet, qui entraîne les lutteurs du club de Lausanne.

Sa renommée progresse à tel point qu’à l’automne passé, Samuel se fait approcher par plusieurs personnes bien décidées à mener le Vaudruzien, qui n’avait «jamais mis les pieds dans un fitness», au graal le 28 août prochain lors la Fédérale d’Estavayer-le-Lac. «La préparation physique s’est professionnalisée. Les meilleurs lutteurs du pays sont tous sans exception accompagnés par un coach personnel», affirme Jean-François Evard, entrepreneur à Valangin (NE), ancien lutteur, à la tête du Team Sam.

En quête de condition physique
Forte tête assumée, peu enclin à se laisser dire ce qu’il doit faire, Samuel Dind accepte pourtant l’aide et les conseils, reconnaissant volontiers ses lacunes: «J’ai de la force, mais en lutte, ça ne fait pas tout. Je manque de condition physique.» Le jeune homme qui ne s’est jamais entraîné ailleurs que dans son club du Vignoble, possède, aux yeux de ses proches, une force innée assez exceptionnelle ainsi qu’un feeling technique incomparable. «Lui manquent la souplesse, l’endurance, l’explosivité, bref des qualités athlétiques et une condition physique générale, commente sa coach, Océane Evard, championne suisse à plusieurs reprises championne fédérale de gymnastique aux agrès en 2013, qui achève un bachelor en sciences du sport à Macolin (BE). Le potentiel de Samuel est immense.»

Depuis quelques mois, la Neuchâteloise impose donc au lutteur un emploi du temps d’athlète semi-pro. Ca tombe bien, Samuel Dind est un travailleur acharné qui n’a pas peur d’enchaîner les heures. Mais à la différence d’autres lutteurs romands, il a conservé un job à plein-temps. «Pas le choix, j’ai une famille à nourrir!» Tous les jours, il améliore son endurance par de la course à pied, travaille son jeu de jambes, et soulève de la fonte pour gagner en vitesse et en réactivité sur les ronds de sciure. «On m’a trop souvent dit que j’étais un lutteur à l’ancienne, que j’aurais dû lutter dans les années septante», glisse Samuel Dind en esquissant un sourire. Référence à cette époque où l’on venait aux fêtes de lutte comme on était, sans autre forme de préparation que les entraînements au club. «C’est une époque révolue, affirme le lutteur. Quant à moi, j’ai décidé de mettre toutes les chances de mon côté pour décrocher une couronne cet été.»

Une passion pour les reines
Samuel Dind dispose pour cela de nombreux atouts, à commencer par une confiance et un pragmatisme remarquables. Mais c’est surtout son mental d’acier qui pourrait faire la différence. «A 10 secondes de la fin d’une passe, même si je suis rouge comme un coq et que je souffle comme un bœuf, je suis capable de renverser une situation.» Quant à sa stratégie de lutte, elle est simple: l’attaque. «Il est impatient et n’est pas de ceux qui attendent en défendant, confirme son frère. Regarder une passe avec Samuel, c’est spectacle garanti!»

D’où le jeune homme tire-t-il cette détermination? Le gaillard à la carapace épaisse n’est pas du genre à s’épancher. La seule chose sur laquelle il accepte d’ouvrir son cœur, c’est sa passion pour les vaches d’Hérens et les combats de reines. «J’ai eu mes premières vaches d’Hérens à 18 ans. L’une d’elle s’est classée pour la finale aux Haudères en 2013. Mais, faute de temps, j’ai dû vendre ma dernière il y a deux jours, confie-t-il, une pointe de regret dans la voix. J’aime ces vaches et leur caractère combatif. Quand elles rentrent dans l’arène, c’est pour gagner.» Le parallèle avec la lutte à la culotte est tout trouvé.

Texte(s): CLAIRE MULLER
Photo(s): © Guillaume perret

En dates

  • 2009 «Il a fallu quitter le domaine agricole qu’exploitaient mes parents à Crissier (NE). Un moment très difficile, que je ne souhaite à personne.»
  • 4 avril 2014 «Mon mariage avec Céline, originaire du Val-de-Ruz.»
  • 27 avril 2014 et 1er septembre 2015 «Le naissance de mes deux garçons.»