L’Argovien Bruno Villiger a développé une machine de nettoyage et d’essorage des salades unique au monde. L’Association suisse de la machine agricole vient de lui remettre le prix spécial à l’occasion de l’Agroprix 2016.
Fini les mains détrempées et glacées à la sortie des tunnels de lavage, les caisses de salades dégoulinantes et les courriels de clients mécontents. Voici une innovation qui va certainement changer la vie des exploitations maraîchères et de leurs salariés! Depuis quelques mois, les producteurs de légumes peuvent acquérir une essoreuse automatique conçue pour évacuer l’eau résiduelle des caisses Ifco ou G2 après lavage. Son inventeur? Un ingénieux agriculteur argovien, qui vit au milieu des cultures maraîchères, entre la Reuss et la Limmat.
Outre l’exploitation d’un domaine de grandes cultures d’une quinzaine d’hectares à Niederrohrdorf (AG), Bruno Villiger a développé une entreprise de construction métallique avec ses deux fils et son épouse. Ce «Géo Trouve-tout» a déjà plusieurs conceptions géniales à son actif, comme cet aspirateur à fumier de cheval conçu pour les grandes écuries, et déjà commercialisé en Norvège et au Japon. «L’idée de construire une essoreuse à salade m’est venue en discutant avec un copain d’école, producteurs de légumes dans un village voisin. Il avait un problème récurrent d’eau résiduelle dans ses salades lavées.» Cette humidité pose de plus en plus problème aux maraîchers helvétiques, car leurs clients, grossistes et distributeurs sont de plus en plus intransigeants sur la qualité des produits et notamment sur l’humidité. «La tendance est à l’emballage des légumes, il faut donc le moins d’eau résiduelle possible! Les légumes doivent être lavés, propres et surtout pas trop mouillés!» explique l’Argovien.
Combiner lavage et essorage
Voilà trois ans, Bruno Villiger décide de relever le défi pour son ami. Il élabore des plans et conçoit un prototype, avec l’aide de ses deux garçons, l’un informaticien et l’autre mécanicien. Son idée est simple: combiner le lavage et l’essorage dans une seule et même station, aisément modulable, afin de l’adapter facilement au contexte d’une exploitation maraîchère. «Pour évacuer l’eau de lavage, tout en laissant une humidité résiduelle, la solution la plus efficace est d’utiliser la force centrifuge», constate l’Argovien qui se lance alors dans la construction d’une sorte de panier à salade géant. Dans un premier temps, les caisses remplies de légumes fraîchement récoltés pénètrent donc dans un tunnel où elles subissent cinq phases de lavage. Des buses réparties sur toutes les faces intérieures du tunnel pulvérisent de l’eau sous pression, après quoi, les caisses sont plongées à trois reprises dans un bac d’eau. «L’immersion rapide permet d’effectuer un nettoyage en profondeur des salades», précise Bruno Villiger. Enfin, une dernière pulvérisation des caisses à l’aide de buses placées au-dessus, au-dessous et sur les côtés assure un rinçage efficace.
Modulable à souhait
Les caisses détrempées sont ensuite acheminées deux par deux dans la centrifugeuse, une boîte métallique de 2 m 50 de haut. Saisies et soulevées par des pinces, elles sont mises en mouvement circulaire, autour d’un pivot, tel un carrousel. «Les bras maintiennent les caisses avec un certain angle, et malgré la force centrifuge, les salades ne se retrouvent pas totalement sur leur tranche, précise Bruno Villiger. L’accélération obtenue pousse les salades vers le fond de la caisse, l’essorage n’est donc pas violent.» En quelques secondes, les légumes sont ainsi débarrassés de l’eau de lavage. «On peut, selon le taux d’humidité, le type de légumes, la taille des caisses et leur chargement, adapter la force, la vitesse et le nombre de tours effectués par le carrousel», précise encore l’Argovien.
Longue de 7 m environ, la machine est équipée d’un écran tactile où différents processus de lavage et essorage sont programmés selon les légumes et leur niveau de salissure. Une vingtaine de légumes peuvent être pris en charge, du fenouil au poireau, du chou-rave à la roquette, en passant par le céleri et toutes sortes de salades.
Les clients sont satisfaits
Lancée sur le marché en 2015, la machine de Bruno Villiger a rencontré un succès immédiat. Une dizaine d’exploitations maraîchères se sont déjà équipées, à l’instar de la société Proveg, à Chiètres (FR). «Voilà vingt ans que nous cherchions une solution à cette problématique», confie le responsable de cultures de Proveg, Martin Tschannen. L’entreprise seelandaise, qui commercialise 3 millions de têtes de salade chaque année, n’a donc pas hésité bien longtemps avant d’ouvrir son porte-monnaie et de dépenser les 220 000 francs nécessaires à l’acquisition de l’essoreuse.
«Les retours de nos clients sont excellents, assure Martin Tschannen. Les produits semblent mieux se tenir, et plus longtemps. Et nous avons moins de soucis avec les services sanitaires qui nous reprochaient que nos sachets de rampon emballé contenaient trop d’eau!» Autre avantage, les caisses sont parfaitement propres à la livraison, ce qui constitue un plus évident en matière d’hygiène. Face à des distributeurs toujours plus regardants sur la qualité des produits, la machine infernale de Bruno Villiger pourrait vite devenir un incontournable.
Bon à savoir
Les avantages techniques de la centrifugeuse
La durée du processus de lavage-essorage des caisses est d’environ une minute. «La machine nécessite la présence d’une à deux personnes, pour une étape qui en demandait auparavant six ou sept.» Environ 600 caisses de salades ou de légumes peuvent désormais être lavées en une heure. S’il a imaginé et réalisé la machine dans son atelier de Niederrohrdorf (AG), Bruno Villiger a fait appel à Siemens pour la mise en œuvre des systèmes électriques et électroniques. «Toute la conception repose sur la force pneumatique, précise l’agriculteur. On ne peut pas se permettre d’utiliser un système hydraulique avec des produits alimentaires.» Bruno Villiger a également imaginé récupérer l’énergie dégagée par le carrousel lors du freinage: «Le courant électrique produit est ensuite réinjecté dans la machine.» Quant à la terre nettoyée, elle est récupérée dans un bac de rétention une fois l’eau totalement évaporée.
Agroprix
Le Prix de l’ASMA récompense chaque année un projet innovant en matière de technique agricole. En 2016, sur la soixantaine de dossiers déposés pour l’Agroprix, treize l’ont été dans la catégorie «Innovation technique agricole», soit 20% d’entre eux. «Depuis quatorze ans que le prix de l’ASMA existe, la proportion de projets techniques augmente d’année en année, se réjouit Bendicht Hauswirth, qui observe que de plus en plus de paysans effectuent une double formation en mécanique agricole et sont donc à même d’améliorer bien des choses sur leurs machines et leurs outils. Les critères de créativité, de potentiel économique, de sécurité sont évalués par un jury d’experts.
+ d’infos www.agroprix.ch
