À Egliswil (AG), la famille Baur s’est spécialisée dans la production de fruits à noyau. Le domaine compte surtout parmi les rares à pratiquer la culture en intérieur. Rencontre à l’heure de la récolte.
On connaissait l’utilité des serres pour les cultures maraîchères. Un peu moins pour la production arboricole. C’est pourtant le pari original qu’ont fait Urs et Fränzi Baur. Depuis trois ans, ce couple d’agriculteurs installé à Egliswil, dans le canton d’Argovie, cultive 280 abricotiers sous deux imposantes serres de 1000 m² chacune. Une approche quasi unique en Suisse. «Nous ne sommes que deux ou trois producteurs à avoir tenté l’expérience», explique le quadragénaire en nous faisant visiter les lieux, alors que la cueillette bat son plein.
Les Baur se sont lancés en 2018, après avoir eu connaissance d’expériences concluantes réalisées en Allemagne. Une décision qu’ils ont prise à la suite de pertes importantes et répétées. «Contrairement au canton du Valais, notre région est très peu balayée par le vent. L’hiver, les arbres restent donc très humides et le gel génère de nombreuses fissures dans les branches, favorisant l’apparition de maladies comme la moniliose et le pseudomonas. Nous perdions jusqu’à 25% de notre verger chaque année.»
Des fruits cueillis à point
Ses deux serres, qui mesurent 115 mètres de long pour 8 m 50 de large et 4 m de haut, abritent huit variétés différentes, parmi lesquelles mia, orange red, spring blush et tardif de Tin. Pour la pollinisation, 200 bourdons sont lâchés au moment de la floraison. Des tuyaux sont disposés le long de chaque rangée et reliés à une citerne alimentée par une source. «À la belle saison, nous arrosons tous les trois jours environ», précise l’agriculteur. Le reste des soins est réduit à l’essentiel. Bien que les Baur cultivent en conventionnel, ils souhaitent profiter de leur nouveau mode de culture pour limiter au maximum l’utilisation de produits phytosanitaires.
«Cette année, nous n’avons effectué qu’un traitement insecticide contre les poux, mais auparavant, nous n’avions encore jamais utilisé d’herbicides ou de pesticides. Nous recouvrons les pieds des arbres avec du compost et fauchons l’herbe à la main. Cela nous demande davantage de travail, mais nous pouvons nous le permettre, car nous écoulons l’entier de notre production en vente directe et donc à bon prix», poursuit l’Argovien. Preuve de leur succès, la clientèle vient de loin pour déguster leurs précieux abricots. Il faut dire que ceux-ci possèdent un autre argument de taille: la fraîcheur. En s’affranchissant du transport et de tout intermédiaire, la récolte du matin est écoulée l’après-midi même. Cela permet aux fruits de mûrir sur la branche et d’atteindre leur niveau de maturité optimal.
Rendements minés par le gel
La cueillette s’étend généralement entre début juin et mi-août et les rendements avoisinent les 4 à 5 tonnes. Cette année promet toutefois un bilan largement inférieur. À l’instar des abricotiers valaisans, ceux de la famille Baur ont aussi fortement souffert du gel ce printemps. «La serre protège de la pluie, mais pas du froid. J’ai eu beau allumer mes chauffages à mazout et pellets plusieurs nuits, cela n’a pas suffi», déplore l’arboriculteur. Outre l’abricot, Urs et Fränzi cultivent aussi des cerises, des prunes, des mirabelles et des nectarines. «J’ai une passion pour
les fruits à noyau», admet en souriant le producteur de 48 ans. Avec son épouse, il a repris le domaine de ses beaux-parents en 2011. La génération précédente ne possédait aucun arbre fruitier, mais concentrait ses activités autour des vaches et des grandes cultures. Ne souhaitant pas poursuivre dans la filière laitière, le couple a transformé l’ancienne écurie en stabulation libre pour y accueillir aujourd’hui une soixantaine de génisses d’élevage.
Il possède aussi 750 poules et cultive colza, blé, betterave sucrière et cornichons. Ceux-ci sont mis au vinaigre et vendus sur place. Devant la ferme, leur petit magasin ne désemplit pas. La clientèle afflue depuis le matin et les deux distributeurs en libre-service fonctionnent sans répit. «Nous pourrions tripler le nombre de nos arbres tellement la demande est forte. Mais nous souhaitons conserver une taille raisonnable et surtout familiale», conclut Urs Baur.
En chiffres
Le domain des Bauer, c’est:
- Deux serres de 115 mètres de long et
- 4 mètres de haut abritant 280 abricotiers.
- 18 hectares de grandes cultures (colza, blé, betterave sucrière).
- 1,5 hectare de vergers dévolus à la
production de fruits à noyau. - 60 génisses d’élevage holsteins et red holsteins.
- 750 pondeuses hébergées dans deux poulaillers mobiles.
- Un jardin de fleurs en autocueillette.
Thermomètre connecté
C’est un petit boîtier carré qui passe complètement inaperçu au premier coup d’œil. Depuis deux ans, cet objet a pourtant changé la vie et surtout les nuits de Urs Baur, assure ce dernier. Installé dans sa serre, ce capteur permet en effet d’assurer en temps réel le suivi et l’évolution de la température et du taux d’humidité de l’air. Les informations sont consultables en tout temps depuis un smartphone grâce à une application. Une alarme envoyée par SMS permet d’être alerté lorsque la température devient critique pour les cultures. «Avant cela, je mettais mon réveil toutes les deux heures lors des nuits froides pour aller contrôler la température dans mes serres», explique Urs Baur. Cette technologie est romande. Elle a été mise au point par Koalasense, une start-up fribourgeoise qui commercialise depuis 2018 ces capteurs sans fil et connectés.
