Avec le printemps, le travail reprend pour les arboriculteurs. À Egnach (TG), Iwan Hungerbühler se prépare à traiter ses arbres haute tige pour se prémunir du feu bactérien. La maladie représente un risque important au moment de la floraison des bourgeons.
Le clocher de l’église de Neukirch-Egnach émerge, derrière les vergers de pommiers. À deux pas du lac de Constance, le petit village s’éveille sous le soleil matinal. Un ronronnement se fait entendre au loin avant de se rapprocher, provoquant l’envol de passereaux perchés sur les branches des arbres fruitiers.
Le bruit provient d’un tracteur qui progresse entre les lignes de pommiers. Sur l’exploitation d’Iwan Hungerbühler, c’est le moment des derniers préparatifs avant le début de la saison. L’agriculteur thurgovien cultive près de 500 pommiers haute tige qui produisent aussi bien des pommes de table que des fruits destinés au jus. Il possède également deux hectares de pommiers en culture intensive. Ce sont ces arbres qui occupent son employé en ce début de matinée: il s’agit de broyer les branches coupées au moment de la taille, tâche la plus délicate de l’hiver dernier.
Marchant doucement entre les arbres, Iwan Hungerbühler observe les bourgeons dont certains s’apprêtent à éclore. Grafenstein, golden, gala, jonagold, boskoop, rewena ou encore idared, chaque variété se développe à son rythme. «Certaines sont précoces, d’autres plus tardives, dit-il. Mais encore quelques jours de soleil et elles vont vite commencer à fleurir.»
Printemps sous tension
Pour les arboriculteurs, si le printemps est le moment où la future récolte se dessine, cette saison apporte aussi son lot de soucis. Un danger, en particulier, menace les pommiers: le feu bactérien. Région largement consacrée à la culture fruitière, la Thurgovie figure régulièrement parmi les cantons les plus touchés par cette maladie. Sur la liste publiée en février par la station de recherche Agroscope, la commune d’Egnach est d’ailleurs répertoriée comme abritant plusieurs foyers de feu bactérien. Pour les arboriculteurs, la prudence est de mise.
L’éclosion des bourgeons est déterminante, car c’est à ce moment que l’infection risque de se déclarer: «Les bactéries à l’origine de la maladie passent par les fleurs pour contaminer l’arbre», explique Iwan Hungerbühler. Pour l’instant, ce qui permet à l’arboriculteur de dormir tranquille, c’est le gel nocturne qui empêche toute infection. La situation devient critique au moment où les nuits se font plus douces: «Température en hausse et taux d’humidité élevé peuvent provoquer une véritable explosion.» Rapidement, l’arbre touché se met à dépérir, ses feuilles puis ses branches sèchent. Si la maladie a de graves conséquences sur un verger intensif, Iwan Hungerbühler n’ose même pas imaginer ce qu’il adviendrait si ses arbres haute tige, dont certains ont jusqu’à 70 ans, étaient contaminés: «Tant d’années perdues, quelle catastrophe ce serait!»
Rien de tel que la pulvérisation
Il n’existe à l’heure actuelle qu’un seul moyen de lutte: le traitement par pulvérisation. Dès la fin des gelées nocturnes, l’arboriculteur thurgovien traitera ses arbres au moyen d’un éliciteur, molécule qui renforce leurs défenses naturelles. «Cela dépendra de la météo, prévoit-il. Si le temps est sec, le produit reste actif plus longtemps et on peut espacer les traitements.» Afin d’éviter qu’une résistance ne s’installe, il convient de varier les substances actives. Plus facile à dire qu’à faire, selon l’agriculteur, car les produits approuvés par l’Union européenne sont de moins en moins nombreux.
Pour être prêt le moment venu, Iwan Hungerbühler vient d’effectuer le contrôle technique de son pulvérisateur. Il demande à son employé d’atteler l’appareil et de se rendre dans le verger afin de vérifier que tout fonctionne parfaitement. Quelques minutes plus tard, voilà le tracteur qui nous rejoint entre les rangées de pommiers. Concentré, l’arboriculteur règle les buses et la vitesse de fonctionnement. Un signe au pilote et l’hélice se met en route. Projetée par la turbine, l’eau est éjectée à plusieurs mètres de haut en de minuscules gouttelettes qui recouvrent de brouillard les branches et les troncs rugueux des vieux arbres. L’engin fonctionne comme prévu. Tout ce qu’Iwan Hungerbühler peut faire pour l’instant, c’est être prêt à réagir immédiatement au moindre changement de temps. Ce n’est que lorsque la floraison sera terminée qu’il pourra respirer.
Bien sûr, d’autres traitements sont prévus durant la saison. Cuivre, insecticide et fongicide, pour un total de 13 à 15 pulvérisations durant l’année. Les arbres de haute tige, moins sensibles, se contenteront de quatre ou cinq passages. Et pour entretenir le sol entre les pommiers, rien ne vaut les 35 brunes suisses d’Iwan Hungerbühler: «Dès que l’herbe commence à pousser, je les laisse pâturer à l’ombre des arbres, explique l’agriculteur. Cela leur convient très bien. Par contre, il ne reste plus une seule pomme sur les branches les plus basses!»
Bon à savoir
Feu bactérien: mieux vaut prévenir que guérir
«Contrôler plutôt qu’éradiquer»: c’est la stratégie adoptée par la Confédération pour lutter contre le feu bactérien sur le territoire helvétique. Il faut dire que vouloir faire disparaître cette bactérie, originaire d’Amérique du Nord et apparue en Suisse en 1989, serait un combat perdu d’avance, tant les voies de transmission sont nombreuses. Insectes butineurs, oiseaux, manipulation humaine, déplacement de plantes ou même le vent peuvent jouer les trouble-fête. Le principal moyen de protection concerne les importations: afin d’éviter que la bactérie ne se répande par le biais de plantes porteuses, tous les végétaux passent obligatoirement par une station de quarantaine. Par ailleurs, il est strictement interdit d’importer ou de vendre deux arbustes particulièrement sensibles, le cotoneaster et la photinie. La prévention est indispensable, car dès lors qu’elles sont malades, les plantes doivent être détruites, seul moyen de contenir une infection.
+ d’infos www.agroscope.admin.ch
en chiffres
L’exploitation, c’est:
-34 hectares divisés en plusieurs parcelles, dans un rayon de 1 km autour de la ferme.
-2 hectares consacrés à l’arboriculture haute tige.
-2 hectares d’arboriculture intensive.
-Le reste en prairies extensives et grandes cultures.
-7 variétés de pommes.
-490 arbres de haute tige, surtout des pommiers.
-35 vaches laitières, brunes et fleckviehs.
-1 employé agricole.
