La première bâtisse historique labellisée Minergie-Eco se trouve à Neuchâtel. Après sa complète rénovation, les émissions de CO2 de cette maison datant de 1800 ont drastiquement diminué.
Elle impressionne avec ses rangées de fenêtres cernées de pierres d’Hauterive et son petit clocheton lui donnant de faux airs d’école primaire. Perchée sur les hauteurs de Neuchâtel, à deux pas du Jardin botanique, cette bâtisse est exceptionnelle en tout point. Classée à l’inventaire des monuments historiques, la demeure de la famille de Montmollin, dans ses mains depuis sept générations, a été entièrement restaurée. Tout en devenant plus efficiente en matière énergétique, elle n’a pas pour autant perdu son âme. «La maison de mon enfance a retrouvé son lustre d’antan, se réjouit la propriétaire
de la partie centrale des lieux, Simone Walder-de Montmollin. Elle peut aborder avec sérénité ses cent prochaines années d’existence.»

Faire preuve d’astuce
«Nous sommes parvenus à rendre ce bâtiment extrêmement performant sur le plan énergétique sans toutefois pouvoir intervenir sur ses façades protégées», explique Fabrice Macherel, du bureau de Givisiez (FR) Lutz Architectes, chargé des travaux de rénovation. La maison du Pertuis est le premier ouvrage ancien à avoir été labellisé Minergie-Eco en Suisse romande, prouvant que la protection du patrimoine peut aller de pair avec les objectifs de réduction de
la consommation d’énergie et des émissions de CO2. Après deux ans de travaux, les locataires profitent aujourd’hui de son charme ancien dans des conditions de confort actuelles.
À l’intérieur, les boiseries d’époque dissimulent l’isolation posée sur les murs en moellons de près d’un mètre d’épaisseur. Elles ont retrouvé leur couleur d’antan grâce à l’application d’une peinture naturelle sans solvant, à base de caséine (une protéine du lait) et d’huile de lin, alors que des enduits minéraux ont servi à rafraîchir les murs. Les parquets en bois massif ont quant à eux été poncés et huilés alors que l’escalier central en chêne massif a dû être sécurisé pour correspondre aux normes actuellement en vigueur. Les anciennes fenêtres, toutes de dimensions différentes, ont pu conserver leur aspect initial à un détail près: chacune est désormais équipée d’un second double vitrage pour renforcer leur étanchéité à l’air et éviter les pertes de chaleur.
Au sous-sol, l’ancienne chaudière à mazout, utilisée jusque-là pour tempérer les dix pièces de la vénérable bâtisse, a laissé sa place à une centrale à pellets. «C’était la seule solution possible pour pouvoir chauffer cet édifice, indique Fabrice Macherel. Il faut de la puissance pour faire rayonner les anciens radiateurs en fonte.» Quant aux conduits du système de ventilation mécanique, ils empruntent ceux des anciennes cheminées, aujourd’hui condamnées, rendant l’installation invisible.

Un loft au dernier étage
Le point fort de cette rénovation se trouve au dernier étage avec la création dans les combles d’un loft de plus de 100 m2, accessible par un ascenseur installé dans une tourelle située à l’arrière de la maison. Avec ses poutres apparentes et sa grande lucarne perçant la toiture sur toute sa longueur, cet espace s’est aussi révélé très utile pour améliorer le bilan thermique de la demeure. «En isolant le toit pour créer ce nouvel appartement, on a conçu en quelque sorte un couvercle qui permet de prévenir les déperditions de chaleur de l’ensemble de la maison», explique l’architecte. Cet aménagement a aussi redonné de la vie à cette maison bicentenaire, hébergeant aujourd’hui les bureaux du personnel du Jardin botanique et trois logements.
En chiffres
- 1800: date de sa construction. Le Pertuis compte dix pièces. Aux mains de sept générations de De Montmollin.
- 2300 m3: son volume. Sa surface utile est de 600 m2.
- Près de 90% d’émissions de CO2 en moins, grâce au remplacement de la chaudière à mazout par une centrale à pellets.
- 80
588 kWh: l’économie d’énergie réalisée grâce aux mesures prises.
L’architecte
Fabrice Macherel est directeur associé du bureau fribourgeois Lutz Architectes, une référence en matière de rénovation écologique. Il a pu prouver, en rénovant sa propre maison datant des années 1960, qu’il est possible de rendre un ancien bâtiment aussi performant sur le plan énergétique qu’une construction neuve. Son logement consomme sept fois moins d’énergie qu’avant, alors même que la surface d’habitation a augmenté.
